Les robots humanoïdes sortent des laboratoires : des constructeurs automobiles les font travailler en usine et un premier modèle domestique est en précommande aux États-Unis. Des propriétaires de chambres d’EHPAD nous posent donc la question : si demain un robot peut aider une personne âgée chez elle, aura-t-on encore besoin des EHPAD ? Notre réponse : oui, mais l’EHPAD changera de visage. Voici pourquoi, chiffres officiels à l’appui.
L’essentiel
- En 2026, les humanoïdes servent surtout à la recherche, aux démonstrations et à quelques tâches d’usine ou d’entrepôt. À notre connaissance, aucun n’assure de soins physiques en routine dans une maison de retraite.
- Le résident d’EHPAD est très dépendant : il entre en moyenne à 85 ans et 11 mois, 55 % des résidents sont en GIR 1 ou 2 et 44 % sont atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée.
- Le Japon finance les robots de soin depuis 2013. Seuls 15,8 % de ses établissements utilisent une aide au transfert du lit au fauteuil, et les robots y ont épaulé le personnel sans le remplacer.
- La vague démographique arrivera avant les robots soignants : le nombre de personnes de 85 ans et plus passerait de 2,5 millions en 2030 à 3,3 millions en 2035.
- Les robots devraient d’abord soulager la pénurie de personnel, premier poste de charges des EHPAD. Les établissements accueilleront des résidents plus âgés, plus dépendants, pour des séjours plus courts.
Où en sont les robots humanoïdes en 2026
Le cabinet Omdia estime qu’environ 13 000 robots humanoïdes ont été livrés dans le monde en 2025, très majoritairement par des fabricants chinois. Ils servent surtout à la recherche, à l’enseignement et aux démonstrations. Quelques industriels les testent en production : chez BMW, dans l’usine américaine de Spartanburg, des humanoïdes ont chargé pendant onze mois des pièces de tôle sur une ligne d’assemblage, avant la fin de ce pilote en novembre 2025.
Côté domicile, le robot NEO de la société 1X est proposé en précommande aux États-Unis autour de 20 000 dollars, avec des livraisons promises d’ici la fin de l’année. Pour les tâches qu’il ne sait pas encore faire, le fabricant prévoit qu’un opérateur humain le pilote à distance. Les robots domestiques présentés en 2026 savent ranger, apporter un objet ou tenir compagnie, souvent avec l’aide d’un opérateur à distance. Aucun ne sait faire la toilette d’une personne grabataire.
Les analystes financiers restent prudents sur le calendrier. Morgan Stanley prévoit une adoption lente jusqu’au milieu des années 2030 et estime qu’un humanoïde domestique polyvalent demandera encore une dizaine d’années. Sur plus d’un milliard d’humanoïdes attendus dans le monde en 2050, la banque n’en voit que 80 millions dans les foyers.
Le soin, la tâche la plus difficile à confier à une machine
Pour savoir si un robot peut remplacer un EHPAD, il faut regarder qui y vit. D’après la DREES, 573 100 personnes étaient accueillies en EHPAD fin 2023. Elles y entrent en moyenne à 85 ans et 11 mois. 55 % sont en forte perte d’autonomie (GIR 1 ou 2), et le niveau moyen de dépendance des établissements ne cesse de monter : leur GIR moyen pondéré est passé de 705 en 2019 à 737 en 2023. 44 % des résidents sont atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée. Parmi les personnes en perte d’autonomie accueillies en établissement, 98 % ont besoin d’aide pour la toilette.
Les gestes du quotidien en EHPAD sont précisément ceux que la robotique maîtrise le moins : transférer une personne fragile du lit au fauteuil, faire une toilette, aider à manger quelqu’un qui fait des fausses routes, calmer un résident désorienté la nuit, repérer une infection débutante. Ils demandent une manipulation fine d’un corps qui peut se blesser au moindre faux mouvement, face à des comportements imprévisibles. Un robot d’entrepôt qui fait tomber un carton perd un carton. Un robot de soin qui lâche une résidente de 90 ans peut lui causer une fracture du col du fémur.
La réglementation suivra la même prudence. Le nouveau règlement européen sur les machines, applicable en janvier 2027, impose l’intervention d’un organisme indépendant lorsque la sécurité d’une machine repose sur l’apprentissage automatique. Un robot destiné à compenser une perte d’autonomie peut en outre relever du règlement sur les dispositifs médicaux. Enfin, la nouvelle directive européenne sur la responsabilité du fait des produits étend la responsabilité des fabricants aux défauts des logiciels et de l’intelligence artificielle. Avant qu’un humanoïde soit autorisé à soigner seul, il faudra plusieurs années d’essais.
Ces essais commencent à peine. La Chine conduit un programme pilote national de robots pour personnes âgées de 2025 à 2027 ; en avril 2026, l’agence officielle Xinhua relevait que ces robots coûtaient encore plus cher qu’un soignant.
Le Japon : treize ans de robots de soin
Le Japon, l’un des pays les plus âgés du monde, finance le développement de robots de soin depuis 2013. L’enquête publiée en février 2026 par son ministère de la Santé montre ce qui s’est réellement diffusé dans les établissements d’hébergement :
| Équipement | Établissements équipés |
|---|---|
| Logiciels d’organisation des soins | 56,4 % |
| Capteurs de surveillance (chambres, nuit) | 47,2 % |
| Aide au transfert du lit au fauteuil | 15,8 % |
| Aide à la marche et aux déplacements | 4,4 % |
| Aide aux toilettes | 2,2 % |
Source : ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, enquête publiée le 18 février 2026, établissements avec hébergement.
Ce qui s’est diffusé, ce sont les outils simples : logiciels et capteurs. Les robots qui touchent le corps restent rares. Le robot de transfert le plus médiatisé, un ours robotisé de 140 kg présenté en 2015, n’a jamais dépassé le stade du prototype. Le petit humanoïde Pepper, longtemps vitrine des maisons de retraite japonaises, n’est plus fabriqué depuis 2020.
Là où les robots ont été adoptés, ils ont aidé les équipes sans les remplacer. Une étude du NBER sur les maisons de retraite japonaises associe leur adoption à davantage d’emplois, à une meilleure fidélisation du personnel et à moins de contentions et d’escarres.
Le vrai concurrent de l’EHPAD : le domicile
La menace pour l’EHPAD ne viendra pas d’un robot qui remplace l’établissement, mais d’un robot qui aide à rester chez soi plus longtemps. Ce mouvement a déjà commencé sans robots : entre 2019 et 2023, le nombre de personnes accueillies en EHPAD a baissé de 3,6 %, ce que la DREES attribue à la fois au développement du maintien à domicile et à une perte d’autonomie plus tardive à âge égal. Des robots capables d’aider au lever, de surveiller les chutes ou de rappeler les médicaments accentueront cette tendance pour les personnes moyennement dépendantes.
Pour la grande dépendance, l’équation change. Une présence 24 heures sur 24 représente environ 730 heures par mois : au tarif horaire minimal fixé au niveau national pour l’aide à domicile (25 € en 2026), cela dépasse 18 000 € par mois. Le prix médian d’une chambre en EHPAD est de 2 138 € par mois dans un établissement habilité à l’aide sociale et de 3 016 € dans un établissement qui ne l’est pas (CNSA, 2024). Cette comparaison suppose une présence entièrement humaine. Pour que le domicile rejoigne le prix médian d’une chambre non habilitée, il faudrait qu’un robot remplace plus de 80 % des heures de présence humaine. C’est le scénario à surveiller, mais rien ne l’annonce avant les années 2030. Un robot à domicile ne sert en outre qu’une seule personne, quand l’équipement d’un établissement profite à des dizaines de résidents. Et il faudra toujours une équipe capable d’intervenir la nuit, après une chute ou en cas d’urgence, avec une infirmière et un médecin coordonnateur.
Le scénario le plus probable n’est donc pas la disparition de l’EHPAD, mais la poursuite de son évolution : des résidents qui entrent plus tard, plus dépendants, pour des séjours plus courts. L’EHPAD de demain ressemblera davantage à une unité de soins de longue durée qu’à une maison de retraite.
La démographie n’attendra pas les robots
La génération 1946, la première du baby-boom, aura 85 ans en 2031. D’après les projections de l’Insee (scénario central), le nombre de personnes de 85 ans et plus passerait de 2,4 millions en 2026 à 2,5 millions en 2030, puis 3,3 millions en 2035, 3,8 millions en 2040 et 4,5 millions en 2050. À pratiques d’entrée inchangées, la DREES estime qu’il faudrait 365 000 places de plus en établissement entre 2021 et 2050.
Or le secteur manque déjà de bras. Selon l’enquête Besoins en main-d’œuvre 2026 de France Travail, plus de la moitié des recrutements d’aides-soignants prévus cette année sont jugés difficiles par les employeurs. Les frais de personnel représentent 68 % des charges des EHPAD publics et associatifs (CNSA). Dans les établissements, les robots arriveront donc en renfort d’un secteur en pénurie.
| Horizon | Ce que l’on peut attendre des robots | Effet probable sur les EHPAD |
|---|---|---|
| D’ici 2030 | Capteurs, logiciels, robots de service (repas, linge, désinfection), robots de compagnie | Moins de tâches logistiques, meilleure surveillance de nuit |
| 2030 à 2040 | Premiers humanoïdes polyvalents en établissement, aide au transfert sous supervision | Personnel soulagé, maintien à domicile un peu plus long pour les moins dépendants |
| Après 2040 | Soins physiques autonomes, si la technique et la réglementation le permettent | EHPAD recentré sur la grande dépendance et les soins médicaux |
Notre lecture des tendances, pas une prévision chiffrée.
Ce que cela change pour le propriétaire d’une chambre
Le propriétaire d’une chambre d’EHPAD perçoit un loyer fixé par un bail commercial avec l’exploitant. Ce qui compte pour lui, c’est la capacité de l’exploitant à payer ce loyer et l’attrait de l’établissement pour les familles. Les robots pourraient alléger le premier poste de charges et la première difficulté du secteur, le recrutement. Encore faut-il qu’ils coûtent moins cher que le temps qu’ils font gagner, ce qui n’est pas encore le cas. Ils exigeront aussi des investissements que les grands groupes financeront plus facilement que les petits exploitants.
Des séjours plus courts signifient aussi plus de rotation : l’exploitant devra remplir ses chambres plus vite pour maintenir son taux d’occupation, dont dépend sa capacité à payer les loyers. Et si les robots domestiques progressaient plus vite que prévu, ou si une réforme favorisait fortement le domicile, les établissements les moins médicalisés et les moins bien situés perdraient des résidents les premiers.
Le scénario d’un EHPAD vidé par les robots domestiques supposerait des machines capables de soins physiques autonomes, certifiées, et moins chères qu’une place en établissement. Rien de tel n’existe aujourd’hui, et la vague des 85 ans et plus montera bien avant. Les risques réels pour une chambre à dix ou vingt ans sont ailleurs : la solidité de l’exploitant, l’état et la conformité du bâtiment, son emplacement, les conditions de renouvellement du bail. Les établissements bien situés, médicalisés et capables d’accueillir la grande dépendance sont les mieux placés pour l’EHPAD de demain, avec ou sans robots.
Pour connaître la valeur d’un lot, la cote des chambres d’EHPAD donne des repères. Les lots proposés à la revente sont consultables sur notre site.
Questions fréquentes
Les robots vont-ils remplacer les aides-soignants en EHPAD ?
Pas à un horizon prévisible. En 2026, aucun robot n’assure de soins physiques en routine dans une maison de retraite. L’expérience japonaise montre que les robots soulagent les équipes, surtout pour la surveillance et l’organisation, sans réduire le besoin de soignants.
Quand verra-t-on des robots humanoïdes dans les EHPAD ?
Des robots de service et de compagnie existent déjà. Des humanoïdes polyvalents capables d’aider le personnel ne sont pas attendus avant les années 2030, et les soins physiques autonomes supposeront une certification encore à construire.
Les robots vont-ils faire baisser la valeur des chambres d’EHPAD ?
Rien ne l’indique aujourd’hui. Les robots pourraient réduire la pénurie de personnel, à condition que leur coût baisse. Le risque à surveiller est un maintien à domicile beaucoup plus long, qui toucherait d’abord les établissements peu médicalisés. La valeur d’une chambre dépend d’abord de l’exploitant, du bâtiment, de l’emplacement et du bail.
Un robot à domicile peut-il éviter l’entrée en EHPAD ?
Il pourra la retarder pour des personnes moyennement dépendantes. Pour la grande dépendance et les troubles cognitifs sévères, une présence soignante 24 heures sur 24 reste nécessaire, et elle coûte bien moins cher en établissement qu’à domicile.
Article d’information générale, à jour au 20 mai 2026. Sources : DREES (Études et Résultats n° 1351, novembre 2025, et n° 1365, février 2026), Insee (projections de population 2021-2070, scénario central), CNSA (prix des EHPAD 2024, situation budgétaire 2023), France Travail (enquête BMO 2026), ministère japonais de la Santé (février 2026), Omdia (janvier 2026), Morgan Stanley (mai 2025), NBER. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. EHPAD INVEST intervient sur le marché de la revente de lots en résidences gérées. Pour vendre votre lot : revente ; pour toute question : nous contacter.